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Au cinquième jour de la compétition, le Festival de Cannes 2026 a présenté Moulin de László Nemes, Garance de Jeanne Herry et Hope de Na Hong-Jin.
Garance : le cinquième jour de la compétition a vu l’entrée en lice du réalisateur hongrois László Nemes avec Moulin, un film sur la figure de la résistance Jean Moulin. Après le succès de Je verrai toujours vos visages, la scénariste et réalisatrice française Jeanne Herry a été invitée pour la première fois au Festival de Cannes avec Garance, son quatrième long métrage. Pour la première fois en compétition officielle, le réalisateur coréen Na Hong-Jin est revenu sur la Croisette avec Hope, après The Chaser (Hors Compétition, 2008), The Murderer (Yellow See) à Un certain Regard en 2011, et Gogsunk (Hors Compétition, 2016).

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Moulin de László Nemes
Sur la Croisette, rares sont les films capables d’imposer un silence aussi dense après leur projection. Avec Moulin, László Nemes signe une œuvre suffocante et profondément intime sur les derniers jours de Jean Moulin. Après le choc de Le Fils de Saul, le cinéaste retrouve les territoires de l’enfermement, de la violence politique et de la mémoire traumatique, mais en déplaçant cette fois sa caméra dans les couloirs oppressants de la Gestapo lyonnaise de 1943. Arrêté alors qu’il tente d’unifier les forces de la Résistance, Jean Moulin est confronté à Klaus Barbie dans un duel psychologique d’une intensité glaçante. Fidèle à sa mise en scène immersive, Nemes refuse toute reconstitution spectaculaire de la Seconde Guerre mondiale : il filme au plus près des corps, des respirations, des regards épuisés. L’histoire se resserre presque entièrement autour de l’expérience sensorielle de Moulin, enfermant le spectateur dans une tension permanente où chaque porte qui claque semble annoncer une exécution imminente. Plus qu’un biopic historique, Moulin devient un face-à-face vertigineux entre humanisme et barbarie.

Moulin ©DR
Explorateur de la mémoire et de la conscience humaine
Ce qui frappe dans le regard de László Nemes, c’est sa volonté de dépouiller la figure héroïque de toute monumentalité pour retrouver l’homme derrière le mythe national. Le réalisateur explique avoir découvert chez Jean Moulin non seulement un résistant, mais surtout un homme de culture, profondément attaché à l’art et à une certaine idée de la civilisation européenne. Cette approche donne au film une puissance émotionnelle singulière : Moulin n’y apparaît jamais comme une statue de l’Histoire, mais comme un être vulnérable, épuisé, parfois traversé par le désespoir. À Cannes, beaucoup voient déjà dans Moulin l’un des films les plus politiques de cette édition 2026, tant il résonne avec les tensions contemporaines autour des démocraties fragiles et de la mémoire européenne. En choisissant de filmer les “fragments” plutôt que la grande fresque historique, Nemes compose une œuvre sensorielle où l’horreur surgit souvent hors champ, laissant au spectateur le soin de reconstruire mentalement la violence du réel. Une démarche radicale qui confirme le cinéaste hongrois comme l’un des grands explorateurs contemporains de la mémoire et de la conscience humaine.

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Garance de Jeanne Herry
Dans la lumière éclatante de la Croisette, Garance arrive comme un contrechamp brut et vertigineux aux récits glamour du cinéma français. Pour sa toute première montée des marches en compétition officielle du Festival de Cannes, Jeanne Herry signe un film fiévreux sur les dérives d’une génération qui cherche désespérément à aimer sans se détruire. Portée par une Adèle Exarchopoulos magnétique, Garance traverse huit années de chaos intime entre fêtes sans lendemain, castings ratés, chambres trop petites et nuits parisiennes noyées dans l’alcool. Loin du récit classique sur la dépendance, Herry filme surtout une femme qui tente de rester debout alors que tout vacille autour d’elle : les amitiés, le désir, les ambitions et jusqu’à son propre corps. Dans cette chronique fragmentée aux allures de journal sentimental, Paris devient un terrain d’errance émotionnelle où la fête agit autant comme refuge que comme poison. La caméra épouse les mouvements imprévisibles de son héroïne avec une tendresse presque documentaire, donnant au film une intensité nerveuse rarement vue dans le cinéma français récent.

Garance DR
Une jeunesse qui brûle la vie par peur du vide
Depuis Elle l’adore, Jeanne Herry s’est imposée comme l’une des scénaristes les plus précises de sa génération, capable d’aborder les fractures sociales et psychologiques sans jamais sacrifier l’émotion. Après le succès phénoménal de Je verrai toujours vos visages, récompensé aux César et salué pour sa justesse humaine, la cinéaste change ici de registre tout en conservant son regard profondément empathique. À Cannes, Garance suscite déjà des discussions passionnées tant par sa liberté de ton que par la performance d’Adèle Exarchopoulos, qui retrouve un rôle incandescent rappelant par moments la puissance instinctive qui avait bouleversé la Croisette avec La Vie d’Adèle. À ses côtés, Sara Giraudeau apporte une douceur fragile à ce récit d’excès et de reconstruction. Entre euphorie nocturne et désespoir silencieux, Garance dessine le portrait d’une jeunesse qui brûle la vie par peur du vide, confirmant au passage l’entrée de Jeanne Herry dans le cercle très fermé des auteurs français capables de transformer l’intime en grand cinéma populaire.

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Hope de Na Hong-Jin
Il y a des projections cannoises qui électrisent la Croisette avant même l’extinction des lumières. Hope, le nouveau film du cinéaste sud-coréen Na Hong-jin, appartient à cette catégorie rare. De retour en compétition officielle au Festival de Cannes avec une œuvre aussi ambitieuse que cauchemardesque, le réalisateur de The Chaser et The Strangers transforme un village côtier oublié de la zone démilitarisée coréenne en théâtre d’une apocalypse organique et métaphysique. À Hope, petit poste de police isolé au bord de la mer, un mystérieux monstre extraterrestre déclenche un incontrôlable chaos tandis que les incendies ravagent les montagnes environnantes et coupent toute communication avec le reste du pays. Dans ce décor de fin du monde noyé de brouillard, policiers épuisés, habitants âgés et jeunes chasseurs improvisés s’enfoncent dans une lutte où la peur devient plus contagieuse encore que le mal lui-même. Fidèle à son style, Na Hong-jin mêle horreur viscérale, thriller paranoïaque et réflexion spirituelle dans une mise en scène suffocante où chaque silence semble annoncer une catastrophe imminente.

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Lecture profondément humaine du chaos
Mais derrière le spectacle monstrueux, Hope impressionne surtout par sa lecture profondément humaine du chaos. Chez Na Hong-jin, l’horreur naît toujours de l’incapacité des hommes à comprendre ce qu’ils affrontent. Le cinéaste filme l’ignorance comme une force destructrice, capable de contaminer les consciences jusqu’à provoquer l’effondrement du collectif. Les festivaliers sont sortis de la projection sidérés par cette fresque crépusculaire où l’angoisse écologique, les tensions géopolitiques et la solitude contemporaine se fondent dans un même vertige. La violence brutale de certaines séquences contraste avec la beauté hypnotique des paysages coréens, baignés d’une lumière presque irréelle. Après avoir marqué les esprits hors compétition avec Goksung, le réalisateur semble ici atteindre une ampleur nouvelle, livrant un film-monstre qui dépasse largement le cadre du cinéma de genre. Sur la Croisette, Hope s’impose déjà comme l’une des expériences les plus radicales et les plus commentées de cette édition 2026.

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La Montée des Marches de Garance
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