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En ce huitième jour de compétition, le Festival de Cannes 2026 a présenté Notre Salut (A Man Of His Time) de Emmanuel Marre et The Man I Love de Ira Sachs.
The Man I Love : le Festival entame la dernière ligne droite vers le palmarès avec la projection de Notre Salut (A Man Of His Time) deuxième long métrage du réalisateur belge Emmanuel Marre (après Rien à Foutre en 2021) sélectionné pour la première fois en compétition officielle, dont l’inspiration vient de son arrière-grand-père qui a été fonctionnaire à Vichy. Sept ans après Frankie, en compétition en 2109, porté par Isabelle Huppert, le réalisateur américain Ira Sachs revient en Compétition avec une comédie musicale : The Man I Love.

Notre salut ©DR
Notre Salut (A Man Of His Time) de Emmanuel Marre
Notre Salut s’impose à Cannes comme l’une des propositions françaises les plus troublantes de cette édition 2026. Après Rien à Foutre, le réalisateur belge Emmanuel Marre abandonne le naturalisme contemporain pour plonger dans les zones grises de la France de Vichy. Inspiré par sa propre histoire familiale, le film suit Henri, fonctionnaire sans envergure débarqué à Vichy en septembre 1940 avec l’espoir de reconstruire une existence fracassée par l’échec personnel. Dans sa valise, un traité politique autoédité intitulé Notre Salut, manifeste technocratique où il rêve de redresser la France “par l’efficacité”. Mais derrière l’ambition administrative se dessine surtout le portrait glaçant d’un homme ordinaire happé par la mécanique de la collaboration. Loin des fresques historiques spectaculaires, Marre choisit les couloirs étroits, les bureaux poussiéreux et les microdécisions bureaucratiques pour raconter comment un régime se met en place presque banalement, dossier après dossier, formulaire après formulaire.

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Petites lâchetés ordinaires
Porté par un impressionnant Swann Arlaud, capable d’incarner le ridicule comme la fragilité morale sans jamais chercher l’excuse, le film dérange précisément parce qu’il refuse le confort du jugement immédiat. Face à lui, Sandrine Blancke compose une épouse qui observe peu à peu l’effondrement moral de son mari avec une lucidité croissante. Tourné dans les véritables lieux administratifs de Vichy, Notre Salut cultive une proximité documentaire presque étouffante, nourrie des lettres authentiques échangées entre les arrière-grands-parents du cinéaste. Emmanuel Marre filme le grotesque administratif avec une ironie grinçante – employés obsédés par les indemnités carburant ou fonctionnaires vérifiant que l’on crie assez fort “Vive le Maréchal” – jusqu’au moment où le rire se fige brutalement. Sur la Croisette, beaucoup voient déjà dans Notre Salut une œuvre politique majeure : un film qui rappelle que l’Histoire bascule rarement dans le fracas, mais souvent dans le confort discret des petites lâchetés ordinaires.

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The Man I Love de Ira Sachs
En compétition officielle, The Man I Love apporte sur la Croisette une émotion à la fois flamboyante et crépusculaire. Sept ans après Frankie, le cinéaste américain Ira Sachs retrouve Cannes avec une œuvre profondément intime, portée par Rami Malek dans le rôle de Jimmy George, figure magnétique de la scène théâtrale new-yorkaise à la fin des années 1980. Alors que le sida ravage son corps et son entourage, Jimmy refuse de disparaître dans la seule tragédie. Sachs filme au contraire un homme qui veut encore aimer, créer, danser et désirer avec une intensité presque insolente. Dans un New York nocturne et fiévreux, traversé par la musique, les répétitions et les lumières de la scène, The Man I Love transforme la fin annoncée en ultime célébration du vivant. Le réalisateur évoque lui-même l’influence du Van Gogh de Maurice Pialat : un récit de la mort qui déborde paradoxalement d’énergie, de sensualité et de mouvement.

The Man I Love ©DR
Délicatesse sensuelle
Mais derrière cette élégance mélancolique se cache aussi un film-mémoire bouleversant. Ira Sachs et son coscénariste Maurício Zacharias puisent directement dans les souvenirs de leurs années new-yorkaises, lorsque le VIH emportait artistes, acteurs et amis dans une indifférence souvent glaçante. Refusant toute reconstitution muséale, le cinéaste préfère capter les fragments de joie qui survivaient malgré tout : les nuits de fête, les répétitions improvisées, les amours fulgurantes et cette urgence à vivre qui traversait alors toute une génération. Sur la Croisette, The Man I Love impressionne par sa délicatesse sensuelle autant que par son regard politique implicite sur une époque abandonnée par les pouvoirs publics. À travers Jimmy George, Ira Sachs signe moins un drame sur la maladie qu’une ode vibrante à ceux qui ont continué à aimer et à créer face à l’effondrement. Un film où chaque chanson, chaque étreinte et chaque silence semblent déjà appartenir à la mémoire du cinéma.

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La Montée des Marches de The Man I Love
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