Interviewé par l’animatrice Sarah Russis, lors de l’inauguration du 5e WAICF à Cannes, Jean-Michel Jarre a livré sa vision inspirante et éclairée de l’usage de l’intelligence artificielle dans la création.
WAICF 2026 : À l’ouverture de la cinquième édition du World Artificial Intelligence Cannes Festival au Palais des Festivals et des Congrès de la Capitale du Cinéma, Jean-Michel Jarre a donné le ton. Auteur-compositeur pionnier de la musique électronique, créateur d’univers spectaculaires et auteur d’Oxygène, phénomène international, il est venu partager une conviction forte : l’intelligence artificielle n’est pas la fin de la création – elle en est peut-être le nouveau souffle.

Sarah Russis & Jean-Michel Jarre ©YesICannes.com
L’IA, imagination augmentée
D’emblée, il surprend : « Je suis un voleur. Les artistes sont des voleurs. » Une formule volontairement provocatrice, qu’il assume pleinement. « Nous volons ce que nous entendons, ce que nous voyons, ce que nous lisons. » Pour lui, la création est un acte d’absorption et de transformation permanente. Dans cette dynamique, l’IA n’est pas une intrusion, mais une extension naturelle : « L’intelligence artificielle est une muse moderne ! » Mieux encore : elle représente une « imagination augmentée ».

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L’artiste refuse la nostalgie
« C’est presque dans l’ADN humain de penser qu’hier était mieux et que demain sera pire. Ce n’est pas vrai. Sinon, nous ne serions pas là. » Et de rappeler cette phrase héritée de sa grand-mère : « On n’arrête pas le progrès. » Dès lors, l’enjeu n’est pas de freiner l’innovation, mais de l’embrasser lucidement : « Plus tôt nous l’adoptons, plus tôt nous pouvons l’explorer, l’exploiter… et éventuellement combattre ses effets négatifs. »

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La technologie comme catalyseur
Pour Jean-Michel Jarre, l’histoire de l’art est indissociable de celle des technologies. « Pas de violon, pas de Vivaldi. Pas de caméra, pas de cinéma moderne. Pas d’électricité, pas de révolution musicale. Pas de composants électroniques, pas de musique électronique… et pas de moi non plus! » sourit-il. La technologie n’a jamais tué l’art ; elle en a toujours été le catalyseur. « La technologie est un allié. » Et l’IA générera, selon lui, « les genres musicaux, les images et les films du futur ».
Mais cet enthousiasme s’accompagne d’une vigilance ferme. Défenseur historique des droits d’auteur, il rappelle une évidence trop souvent oubliée : « Dans un smartphone, la partie intelligente, c’est nous. Dans l’IA aussi, la partie intelligente, c’est nous. Sans les contenus créés par des humains – images, sons, textes, œuvres – l’IA ne serait qu’une architecture vide ».

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Formidable promesse de démocratisation
Dans ce « gâteau numérique 3.0 » en pleine élaboration, les créateurs doivent être « partenaires, pas spectateurs ». L’IA ressemble aujourd’hui à « un Far West ». Or, insiste-t-il, « les règles font la différence entre le chaos et la démocratie. Comme le permis de conduire permet de circuler librement et en sécurité, un cadre clair permettra à l’IA de devenir un levier d’opportunité plutôt qu’un terrain d’abus. Il ne s’agit pas de limiter l’IA, mais d’en faire « une véritable renaissance pour les artistes ».
Au-delà des enjeux juridiques, Jean-Michel Jarre voit dans l’intelligence artificielle une formidable promesse de démocratisation. De jeunes créateurs, parfois sans moyens, pourront réaliser des films ou composer des œuvres qui étaient impensables il y a dix ans. Dans des pays émergents, notamment en Afrique, l’IA peut favoriser l’émergence d’écosystèmes créatifs entiers. Elle ne standardise pas ; elle peut, au contraire, singulariser.

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Une technologie qui corrige pour révéler
« Ce n’est jamais l’outil le problème, c’est la manière dont on l’utilise. Le crayon n’est pas responsable du dessin. » Loin de la dystopie, il imagine une IA capable de renforcer l’individualité. Des recherches mêlant musique, intelligence artificielle et neurosciences montrent déjà comment des dispositifs peuvent adapter l’apprentissage instrumental à la morphologie unique de chaque musicien. Une technologie qui corrige non pas pour uniformiser, mais pour révéler.
Face aux peurs, il rappelle que chaque révolution artistique a suscité son lot de résistances : les peintres redoutaient la photographie, le théâtre craignait le cinéma. « L’IA ne tue pas les métiers, elle les déplace. Elle redéfinit les compétences, ouvre de nouveaux territoires d’expression. »

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Profitez de l’intelligence artificielle
En guise de conclusion, son message résonne comme un manifeste : « Ne soyez pas naïfs face à l’IA, mais n’ayez pas peur de l’innovation. N’ayez pas peur de l’intelligence artificielle. Et profitez-en. » Entre prudence et enthousiasme, Jean-Michel Jarre dessine ainsi les contours d’un futur où l’art et la technologie ne s’opposent plus, mais avancent ensemble – portés par une imagination élargie, et une responsabilité partagée.

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