Le festival itinérant Les Musicales dans les Vignes de Provence a fait étape au prestigieux Château de Saint Martin à Lorgues pour un récital de piano donné par le grand pianiste maltais Stefan Cassar.

Marie-Jeanne Chauvin, Adeline de Barry, Agathe Chauvin (de gauche à droite) ©YesICannes.com
Le Château de Saint-Martin, à Lorgues, a offert un écrin d’exception à une soirée placée sous le signe de la grande musique. Les Musicales dans les Vignes organisé dans les jardins du domaine d’Adeline de Barry, au cœur de la Provence viticole, le pianiste maltais Stefan Cassar a proposé un récital aussi virtuose que généreux, faisant dialoguer Chopin, Debussy, Liszt, Schubert, Rachmaninov, Piazzolla, Philip Glass ou encore Philippe Sarde. Le samedi 15 août 2026, la partition de Stefan Cassar a parcouru plusieurs siècles de création musicale. Et avant de laisser courir ses doigts virtuoses les touches du piano, le concertiste maltais a choisi d’expliquer chaque œuvre aux mélomanes.

Stefan Cassar ©YesICannes.com
Transformer l’écoute en expérience sensible
Après les instants de dégustation des nectars du Château de Saint Martin pour accompagner de délicieux fromages et charcuteries, la soirée de récital fut une véritable invitation au voyage musical. Avant chaque œuvre, Stefan Cassar prenait le temps d’en dévoiler les clés, le contexte, les intentions et parfois les secrets d’écriture. Une manière élégante de rapprocher les grands compositeurs du public et de transformer l’écoute en expérience sensible.

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Un piano sous les étoiles de Provence
Lorsque les dernières lumières du jour s’effacent sur les vignes, que la chaleur de la journée se fait plus douce et que le ciel provençal commence à se consteller, le piano trouve au Château de Saint-Martin un décor presque irréel. C’est dans cette atmosphère privilégiée que Les Musicales dans les Vignes de Provence ont fait étape à Lorgues pour leur 14e édition. Imaginé et dirigé depuis 2013 par Marie-Jeanne Chauvin, le festival itinérant associe chaque été musique et art de vivre dans plus d’une cinquantaine de domaines viticoles de Provence-Alpes-Côte d’Azur.

Marie-Jeanne Chauvin & Stefan Cassal ©YesICannes.com
Stefan Cassar, un interprète qui donne les clés de la musique
Cette démarche est l’une des signatures de Stefan Cassar. Loin d’installer une distance entre l’artiste et son public, le pianiste explique, raconte, contextualise. Quelques mots suffisent parfois pour faire apparaître une époque, une personnalité, une intention. Le musicien évoque les compositeurs avec la passion d’un pédagogue et la précision d’un interprète qui connaît intimement les œuvres qu’il s’apprête à faire vivre.

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Une virtuosité au service de la musique
Diplômé de l’École Normale Supérieure de Musique de Paris et de la Royal School of Music de Londres, Stefan Cassar s’est perfectionné auprès de personnalités telles que Germaine Mounier, Valery Affanasiev, Halina Czerny Stefanska ou Sergio Perticaroli au Mozarteum de Salzbourg. Son parcours international l’a conduit de Paris à Bruxelles, Berlin, Leipzig, Dresde, Bâle, Barcelone, Vienne, Zurich, Sofia et Monte-Carlo, mais également aux États-Unis et en Asie. Il est aussi directeur artistique de plusieurs festivals et régulièrement invité à donner des masterclasses. Cette expérience se ressent dans son jeu : une virtuosité jamais démonstrative, au service de la musique.

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Philip Glass, l’épure comme première invitation
Le récital s’ouvre avec « Opening », extrait de Glassworks de Philip Glass. Avant de jouer, Stefan Cassar évoque le compositeur américain, pionnier de la musique répétitive et minimaliste, ainsi que son travail pour le cinéma, notamment pour The Hours. Son propos permet immédiatement de comprendre ce qui caractérise cette musique : le mouvement naît parfois de presque rien, d’une cellule répétée, d’un motif qui évolue imperceptiblement. Le piano entre alors dans une forme de respiration hypnotique. La répétition n’est pas immobilité : elle devient transformation. Et le choix de Philip Glass pour ouvrir le programme prend tout son sens. Il place d’emblée l’auditeur dans une écoute attentive aux détails.

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Debussy : le piano devient lumière
Avec la Première Arabesque de Debussy, Stefan Cassar entraîne ensuite le public vers l’univers impressionniste. Son introduction est une véritable petite leçon d’histoire de l’art. Il évoque les transformations de la fin du XIXe siècle, l’Exposition universelle de Paris, la découverte de cultures lointaines, le renouveau du clavecin et l’influence de l’Extrême-Orient. Mais surtout, il explique comment Debussy ne cherche pas simplement à reproduire ce qu’il voit ou entend : il en absorbe les couleurs pour enrichir son propre langage.
Sous ses doigts, l’Arabesque devient mouvement. Les contours se dissolvent, les sonorités se fondent grâce au travail subtil des pédales et le piano semble soudain traversé par un souffle. L’image proposée par le pianiste est magnifique : celle du vent qui caresse un champ de blé, du coquelicot qui danse dans un tableau de Monet. Chez Debussy, la précision de l’écriture ouvre paradoxalement un espace de liberté.

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Liszt, la poésie suspendue des « Consolations »
Changement d’atmosphère avec la Consolation de Liszt. Stefan Cassar insiste sur son caractère calme, lyrique et extrêmement raffiné. Il décrit cette musique comme une œuvre de couleurs, dans laquelle une mélodie semble flotter au-dessus d’un accompagnement dont les harmonies évoluent avec une infinie délicatesse. Le pianiste possède ici cette qualité rare qui consiste à ne jamais confondre virtuosité et exhibition. La technique disparaît derrière l’intention poétique. Les notes semblent respirer. Les ornements deviennent autant de ponctuations délicates autour du chant principal.

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Schubert, la voix intérieure du piano
Avec l’Impromptu opus 90 n°4 de Schubert, le récital gagne une profondeur nouvelle. Stefan Cassar raconte Schubert, sa timidité, son admiration pour Beethoven, sa disparition prématurée à seulement 31 ans. Il insiste surtout sur une révolution essentielle : chez Schubert, le piano cesse progressivement d’être un simple accompagnateur : il devient un personnage à part entière. Le musicien évoque les Lieder, les paysages, les ruisseaux, les mouvements de l’eau et cette manière qu’a Schubert de traduire non pas littéralement la nature, mais ses mouvements et ses sentiments. Son interprétation de l’Impromptu fait entendre cette dualité : la fluidité, puis l’ombre ; le chant, puis la lumière qui revient. La musique semble parfois retenir son souffle avant de remonter vers la surface.

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Piazzolla : une parenthèse méditative
Pour changer de couleur, Stefan Cassar choisit ensuite « Tanti anni prima » d’Astor Piazzolla. Le compositeur argentin est souvent réduit à l’image du tango, mais le pianiste rappelle que son univers est infiniment plus vaste. Cette page possède la dimension d’une prière, presque d’un Ave Maria, avec une mélancolie dépouillée qui contraste superbement avec les œuvres précédentes. Le piano se fait alors confident.

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Rachmaninov et Philip Glass : deux mondes, deux visions du temps
Le rapprochement imaginé par Stefan Cassar entre le Prélude de Rachmaninov et Philip Glass constitue l’un des moments les plus passionnants du récital. Deux compositeurs du XXe siècle, deux esthétiques presque opposées. Rachmaninov, d’abord. Stefan Cassar raconte son exil, son attachement à la Russie, l’influence du chant orthodoxe et surtout celle des cloches. Le célèbre Prélude apparaît alors comme une œuvre monumentale, où la puissance des accords n’est jamais gratuite : elle cherche à emplir l’espace, à faire résonner le piano comme une architecture sonore. Le pianiste évoque les grandes salles de concert apparues avec la démocratisation de la musique et explique pourquoi certaines œuvres semblent avoir été pensées pour embrasser un public toujours plus vaste.
Puis vient Philip Glass. Après l’ampleur de Rachmaninov, le dépouillement. Là où Rachmaninov accumule les masses sonores, Glass les réduit. Là où l’un déploie une architecture romantique, l’autre construit son discours à partir de cellules répétitives. Deux façons de faire naître l’émotion : l’une par l’expansion, l’autre par l’épure.

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Philippe Sarde : le cinéma s’invite au récital
La musique française de cinéma trouve ensuite sa place avec le thème de Philippe Sarde pour Les Choses de la vie de Claude Sautet. Stefan Cassar raconte le film, évoque Romy Schneider et Michel Piccoli et explique comment la musique est devenue l’un des éléments émotionnels essentiels de cette œuvre cinématographique. Au piano, cette mélodie prend une dimension intime. Quelques phrases suffisent pour faire surgir une atmosphère, un souvenir, une émotion cinématographique. Le récital démontre une nouvelle fois que le grand piano n’a pas besoin de frontières entre les genres.

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Chopin, de la grâce de la valse au vertige du Scherzo
Puis vient une valse de Chopin, avant le grand morceau conclusif : le Deuxième Scherzo, opus 31. Stefan Cassar prend le temps d’expliquer le terme scherzo, qui signifie « plaisanterie » en italien, et son évolution dans la musique classique. Avec Beethoven, le scherzo remplace progressivement le menuet dans la symphonie et apporte davantage de mouvement, d’énergie et parfois d’ironie.
Mais chez Chopin, la « plaisanterie » n’a rien de léger. Le pianiste attire l’attention sur le motif de triolets qui traverse l’œuvre. Un détail d’écriture qu’il transforme en fil conducteur de son commentaire. Le Scherzo devient tour à tour théâtral, fiévreux, dramatique et virtuose. La puissance digitale de Stefan Cassar impressionne, mais toujours avec cette volonté de faire ressortir la structure, les contrastes et les respirations.

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Deux bis pour prolonger la magie
Le public, naturellement, en redemandait ! Stefan Cassar revient alors avec une adaptation d’« Eleanor Rigby » des Beatles, démontrant une nouvelle fois son goût pour les passerelles entre les univers musicaux. Un second bis, consacré à Chopin, vient prolonger cette soirée où le piano aura traversé les époques, les styles et les continents.

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Un virtuose au service de la transmission
Ce qui frappe chez Stefan Cassar n’est finalement pas seulement sa virtuosité. C’est sa musicalité, sa capacité à faire respirer une partition et à laisser la technique devenir invisible. Mais c’est aussi cette volonté de transmettre. Ses explications avant les œuvres ne sont jamais accessoires. Elles donnent aux auditeurs des repères pour écouter autrement. Une harmonie devient une couleur, un motif devient un personnage, une répétition devient un mouvement, un accord devient une architecture. Cette approche explique aussi son engagement régulier auprès du jeune public, pour lequel il propose des concerts accompagnés de courtes présentations destinées à rendre le grand répertoire accessible. Chez Stefan Cassar, jouer signifie aussi raconter.

Stefan Cassar et Adeline de Barry ©YesICannes.com
Le Château de Saint-Martin, écrin d’un art de vivre musical
La magie de la soirée doit enfin beaucoup au lieu. Propriété d’Adeline de Barry, le Château de Saint-Martin offre à la musique un décor où le patrimoine viticole et la culture se répondent naturellement. C’est précisément l’esprit des Musicales dans les Vignes de Provence : sortir la musique des salles conventionnelles pour la placer au cœur des vignobles, là où le patrimoine, les paysages, les vins et les artistes composent une expérience globale. Du 12 juin au 26 septembre 2026, la quatorzième édition du festival poursuit cette aventure imaginée par Marie-Jeanne Chauvin.

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Transformer un récital en véritable art de vivre
Plus de cinquante châteaux et domaines viticoles de Provence-Alpes-Côte d’Azur accueillent ainsi concerts et publics dans des cadres aussi variés qu’exceptionnels. À Lorgues, sous les étoiles, le piano de Stefan Cassar aura offert une démonstration éclatante de cette alchimie. Un grand répertoire, un grand interprète, un grand Vin Côtes de Provence et la douceur d’une nuit d’été : il n’en fallait pas davantage pour transformer un récital en véritable art de vivre en Provence.

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