Alors que la compétition tire à sa fin, le Festival de Cannes a présenté La Bola Negra de Javier Calvo & Javier Ambrossi et Coward de Lukas Dhont.
Coward : La compétition du 79e Festival de Cannes entre dans la dernière ligne droite avec la projection de La Bola Negra des deux réalisateur madrilènes Javier Ambrossi et Javier Calvo, alias Los Javis – un couple queer espagnol influent (qui se serait séparé après 13 ans de relation amoureuse). La Bola Negra signe leur première entrée en compétition sur la Croisette. Lukas Dhont est lui un habitué du Festival : ses films Girl, Caméra d’or et Queer Palm 2018 et Close, Grand Prix 2022 ont construit sa notoriété.

La Bola Negra de Javier Calvo & Javier Ambrossi
La Bola Negra confirme l’entrée des “Los Javis” dans une nouvelle dimension cinématographique. Avec cette fresque fragmentée traversant l’Espagne de 1932, 1937 et 2017, Javier Calvo et Javier Ambrossi, pour leur première Sélection Officielle, abandonnent la légèreté pop de leurs débuts pour explorer les cicatrices enfouies de l’histoire queer espagnole. Inspiré du texte inachevé de Federico García Lorca – assassiné avoir écrit seulement quatre pages de La Bola Negra – le film tisse les destins de trois hommes séparés par le temps mais reliés par le désir, la honte et la mémoire. Sur la Croisette, le mystère qui entoure encore le récit nourrit déjà tous les commentaires : Lorca apparaît-il réellement dans le film ou seulement comme une présence fantomatique ? Les réalisateurs entretiennent volontairement le flou, préférant faire de son absence une blessure diffuse qui traverse chaque époque. À l’écran, Guitarricadelafuente, Miguel Bernardeau et Carlos González portent cette traversée mélancolique où les générations semblent dialoguer au-delà des décennies.

La Bola Negra ©DR
Un film habité par les fantômes
Mais La Bola Negra impressionne surtout par sa manière de mêler flamboyance esthétique et douleur historique. Fidèles à leur univers où le sacré côtoie le kitsch, les deux cinéastes madrilènes injectent dans cette chronique des couleurs éclatantes, des chansons populaires et une sensualité presque fiévreuse, tout en laissant planer l’ombre de la répression franquiste et des silences transmis de génération en génération. L’influence de Pedro Almodóvar, leur mentor revendiqué, affleure dans cette capacité à transformer le mélodrame en geste politique incandescent. Autour des jeunes acteurs gravitent également Penélope Cruz, Glenn Close et Lola Dueñas, présences magnétiques qui donnent au film une ampleur presque lyrique. Après le phénomène La Mesías, Los Javis signent à Cannes une œuvre plus crépusculaire, où l’intime devient territoire de mémoire collective. Un film habité par les fantômes, mais traversé d’un irrépressible désir de vie.

Penélope Cruz
Coward de Lukas Dhont
Coward marque un tournant spectaculaire dans la trajectoire du cinéaste belge Lukas Dhont. Après les récits intimistes et sensoriels de Girl et Close, le réalisateur s’aventure pour la première fois sur le terrain du film de guerre, sans pour autant abandonner ce qui fait la singularité de son cinéma : une attention bouleversante aux corps fragiles et aux émotions silencieuses. Nous sommes en 1916, sur le front belge. Pierre, jeune soldat impatient de prouver sa valeur, découvre derrière les lignes un autre univers grâce à Francis, organisateur de spectacles destinés à maintenir le moral des troupes. Entre les tranchées noyées dans la boue et les scènes improvisées éclairées à la bougie, Coward explore une zone rarement filmée : celle où l’art, le désir et l’imaginaire deviennent des refuges face à l’absurdité de la guerre. Sur la Croisette, beaucoup soulignent la manière dont Dhont détourne les codes du film militaire classique pour en faire une œuvre sur la vulnérabilité masculine et le besoin de tendresse au cœur du chaos.

Coward ©DR
Courage né d’instants de fragilité
Le plus fascinant dans Coward réside peut-être dans son refus du spectaculaire héroïque. Inspiré de recherches menées pendant près de trois ans dans les archives de l’Imperial War Museum et dans plusieurs fonds historiques belges et français, le film préfère les gestes minuscules aux grandes batailles. Le jeune Emmanuel Macchia incarne Pierre avec une intensité brute, tandis que Valentin Campagne apporte à Francis une douceur presque irréelle. Fidèle à son goût pour les visages inconnus, Lukas Dhont transforme ces présences émergentes en révélations cannoises. Mais derrière la reconstitution historique, Coward parle surtout d’aujourd’hui : de ces masculinités enfermées dans les injonctions de bravoure, et de la possibilité d’inventer d’autres récits loin des stéréotypes virils. À Cannes, certains y voient déjà l’un des films les plus émouvants de la compétition, un poème de guerre où le courage naît paradoxalement dans les instants de fragilité.


Penélope Cruz
La Montée des Marches
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