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La compétition du Festival de Cannes s’est poursuivie avec pas moins de trois projections : Sheep in The Box de Koreeda Hirokazu, El Ser Querido (The Beloved) de Rodrigo Sorogoyen et Paper Tiger de James Gray.
The Beloved : pour le quatrième jour de la compétition, entrée en lice de trois films : Sheep in The Box du réalisateur japonais Koreeda Hirokazu dont le long métrage L’Innocence a remporté le Prix du meilleur scénario au Festival de Cannes 2023 ; El Ser Querido (The Beloved) de Rodrigo Sorogoyen, réalisateur espagnol d’El Reino (2018), Madre (2019) et As Bestas (2022). Réalisateur, acteur et scénariste, après avoir joint la compétition avec Armagedon Time en 2022, le réalisateur américain James Gray revient avec le thriller policier Paper Tiger.

Sheep in the Box ©DR
Sheep in The Box de Koreeda Hirokazu
Avec Sheep in a Box, Hirokazu Kore-eda signe sans doute son film le plus vertigineux depuis Une affaire de famille. Le réalisateur, maître des drames familiaux intimistes, ose ici une incursion délicate dans la science-fiction émotionnelle : dans un Japon du futur proche, un couple endeuillé adopte un humanoïde reproduisant à l’identique leur enfant disparu. Mais chez Kore-eda, la technologie n’est jamais un gadget narratif ; elle devient le révélateur silencieux du manque, du déni et du besoin irrépressible de continuer à aimer malgré l’absence. Le titre, inspiré du Petit Prince (1943) d’Antoine de Saint-Exupéry, agit comme une clé poétique : la boîte ne contient peut-être pas un mouton, mais toutes les projections affectives de ceux qui refusent de laisser partir leurs morts.

Sheep in the Box ©DR
Méditation universelle sur l’humanité
Porté par Haruka Ayase, bouleversante en mère prisonnière d’un chagrin impossible à apaiser, et par le jeune Rimu Kuwaki dans un premier rôle troublant de douceur artificielle, Sheep in a Box impressionne par son mélange de retenue et de profondeur philosophique. Fidèle à son cinéma des gestes infimes et des émotions souterraines, Hirokazu Kore-eda transforme ce récit futuriste en méditation universelle sur ce qui fait l’humanité d’un être : la mémoire, la douleur, ou simplement la capacité à créer du lien. À Cannes, ce conte mélancolique aux accents ouziens apparaît déjà comme l’une des œuvres les plus sensibles et inattendues de cette compétition 2026.

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El Ser Querido (The Beloved) de Rodrigo Sorogoyen
Avec El ser querido, Rodrigo Sorogoyen signe sans doute son film le plus intime et le plus venimeux à ce jour. Le cinéaste espagnol transforme un simple tête-à-tête entre un père et sa fille en duel psychologique d’une tension sidérante. Dès les premières minutes, filmées dans un long plan-séquence étouffant, Esteban Martínez – immense réalisateur revenu tourner en Espagne après des années d’absence – propose à sa propre fille Emilia le rôle principal de son nouveau film. Treize ans sans se voir, et une caméra comme unique langage possible : Sorogoyen installe immédiatement ce trouble entre amour filial, manipulation et désir de rédemption. Face à un Javier Bardem monumental de brutalité contenue, Victoria Luengo impose une fragilité nerveuse qui ne cesse de fissurer le récit.

El Ser Querido ©DR
Un film sur le pouvoir, la mémoire et les fantômes du cinéma
Loin du mélodrame familial classique, El ser querido dissèque aussi les rapports de domination qui traversent le cinéma contemporain. Dans les coulisses d’un tournage où les femmes – cheffe opératrice, productrice, actrices – refusent désormais les vieux réflexes autoritaires, Sorogoyen filme un monde en mutation. Alternant noir et blanc granuleux et éclats de couleur presque documentaires, le réalisateur d’As Bestas brouille constamment la frontière entre fiction et vérité, comme si chaque personnage réécrivait sa propre histoire pour survivre. On retrouve ici son obsession pour les zones grises morales : Esteban n’est jamais totalement monstrueux, Emilia jamais totalement innocente. Cette ambiguïté donne au film une puissance émotionnelle rare, renforcée par des dialogues d’une précision chirurgicale et des scènes improvisées qui semblent capturer les blessures à vif. Dans cette œuvre vertigineuse sur la transmission et les ruines affectives, Sorogoyen livre probablement l’un des films espagnols les plus troublants vus sur la Croisette depuis des années.

Paper Tiger ©DR
Paper Tiger de James Gray
Sur la Croisette, certains cinéastes arrivent précédés de leur réputation ; d’autres débarquent avec un monde entier dans leurs valises. Avec Paper Tiger, James Gray fait les deux. Le nouveau film du réalisateur new-yorkais renoue avec les obsessions qui irriguent son cinéma depuis Little Odessa : la famille comme territoire de guerre intime, la loyauté comme piège moral et New York comme théâtre d’une tragédie moderne. Dans le Queens de 1986, deux frères que tout oppose tentent de saisir une part du rêve américain à travers une opération trouble liée à la mafia russe. Mais chez Gray, l’ascension sociale a toujours le goût amer du renoncement. Très vite, la mécanique criminelle se transforme en lente descente aux enfers, où la peur s’infiltre jusque dans les silences familiaux et où la fraternité vacille sous le poids de la trahison. Dans une atmosphère crépusculaire traversée de néons sales, de bars enfumés et d’appartements étroits, Paper Tiger retrouve la densité émotionnelle des grandes fresques urbaines américaines des années 1970, tout en conservant cette élégance mélancolique propre au cinéaste.

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Faillite du rêve américain
Paper Tiger a rappelé combien James Gray demeure un auteur à part dans le paysage hollywoodien : un conteur classique hanté par les blessures de l’exil, les héritages familiaux et la faillite du rêve américain. Né dans le Queens, formé à l’University of Southern California, le réalisateur entretient depuis longtemps une relation privilégiée avec le Festival, de The Yards à La Nuit nous appartient, en passant par Two Lovers, son sublime drame romantique porté par Joaquin Phoenix. Avec Paper Tiger, il revient à une veine plus brute, presque viscérale, où chaque regard semble chargé d’un passé impossible à fuir. Sur les marches du Palais, l’élégance feutrée du casting contrastait avec la violence contenue du film, comme si Gray avait voulu rappeler qu’à New York, derrière les façades du succès, subsistent toujours des fantômes prêts à refaire surface. Le film est porté par Scarlett Johansson, Adam Driver, et Miles Teller.

Eric Cantona ©YesICannes.com

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La Montée des Marches de El Ser Querido
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