À Vallauris, Anton Prinner retrouve la lumière : avec « Le ciel pour plafond », le Musée Magnelli révèle un maître secret de la sculpture moderne.
Le ciel pour plafond : À Vallauris, la terre n’a jamais été une simple matière. Depuis l’arrivée de Pablo Picasso dans la cité des potiers à la fin des années 1940, elle est devenue le creuset d’une modernité artistique qui continue de rayonner bien au-delà de la Côte d’Azur. Cet été, le Musée Magnelli, Musée de la Céramique, invite à redécouvrir l’un de ses créateurs les plus singuliers avec « Anton Prinner – Le ciel pour plafond », une exposition présentée du 4 juillet au 28 septembre. Avec « Le ciel pour plafond », le Musée Magnelli consacre une rétrospective exceptionnelle à l’artiste hongrois qui fit de Vallauris le laboratoire de son œuvre monumentale.

Céline Graziani
Quête spirituelle et expérience plastique
Réunissant une cinquantaine de sculptures, céramiques, estampes, photographies et documents d’archives, ce parcours met en lumière une figure discrète mais essentielle de l’avant-garde européenne, dont les quinze années passées à Vallauris ont profondément marqué l’évolution artistique. Plus qu’une rétrospective, cette exposition révèle un créateur pour qui la sculpture relevait autant de la quête spirituelle que de l’expérience plastique.

Vallauris devient l’atelier de l’infini
Né à Budapest en 1902 avant de s’installer à Paris à la fin des années 1920, Anton Prinner emprunte très tôt un chemin artistique à contre-courant. Formé au constructivisme, il abandonne progressivement le métal pour se confronter à la pierre, puis au bois, dans une recherche de dépouillement et de puissance formelle. Son arrivée à Vallauris en 1950, au sein de l’atelier du Tapis Vert fondé par Claire et René Batigne, marque un tournant décisif. Dans cette cité en pleine effervescence créative, où il retrouve notamment Pablo Picasso – qui le surnommait affectueusement « le petit bonhomme qui fait de grandes sculptures » -, Prinner change d’échelle.

Invitation à une véritable méditation
Ses figures monumentales, taillées directement dans des troncs ou façonnées dans la terre avant d’être transposées en céramique, semblent surgir d’une mémoire ancestrale. Inspirées des mythologies égyptiennes, de l’ésotérisme et des grandes interrogations sur la condition humaine, elles imposent une présence silencieuse, presque sacrée. À travers leurs lignes épurées et leur frontalité assumée, elles invitent moins à la contemplation qu’à une véritable méditation.


Une œuvre totale entre matière, lumière et spiritualité
L’exposition dévoile également un aspect moins connu de l’artiste : son travail de graveur et d’inventeur. Formé au mythique Atelier 17 de William Hayter, Anton Prinner développe un procédé personnel, la papyrogravure, utilisant le carton comme matrice pour explorer un univers symbolique où le corps, les signes et les forces invisibles dialoguent dans un langage graphique inédit. Les visiteurs découvrent aussi un ensemble exceptionnel de cinq panneaux peints destinés à l’église Notre-Dame de Canlache à Roquefort-les-Pins, réalisés au début des années 1960. Avec leurs bleus grisés, leurs ocres délicats et cette lumière qui semble rayonner de l’intérieur des compositions, ces œuvres témoignent de la dimension profondément mystique de son art.

La matière devient langage spirituel
En réunissant pour la première fois sculptures, céramiques, estampes et archives autour des années vallauriennes, le Musée Magnelli redonne toute son ampleur à une œuvre atypique, portée par un idéal artistique où la matière devient langage spirituel. Une invitation à redécouvrir l’un des grands créateurs secrets du XXᵉ siècle, dont l’héritage trouve aujourd’hui, sous le ciel de Vallauris, une résonance particulièrement contemporaine.


Exposition du 04 juillet au 28 septembre 2026



Musée Magnelli, musée de la céramique à Vallauris

Photos ©YesICannes.com




















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