
Remise du Prix Jacques Audiberti à Paule Constant à l’Auditorium du Conservatoire de Musique et d’Art Dramatique d’Antibes ©YesICannes.com
Le prix Jacques Audiberti 2022 couronne Paule Constant pour l’ensemble de son œuvre, construite comme un témoignage sur la condition humaine. Avec son dernier roman La Cécité des Rivières, paru chez Gallimard, le Prix Concourt 1998 nous entraîne sur les chemins de son enfance africaine au temps des colonies.
Le 33ème Grand Prix littéraire Jacques Audiberti, créé en 1989, en hommage au célèbre écrivain et dramaturge antibois, récompense chaque année une œuvre entrant en résonance avec la Méditerranée. Pour cette nouvelle édition, l’ensemble du jury présidé par Didier Van Cauwelaert a choisi d’honorer la romancière Paule Constant, professeure, critique littéraire et membre depuis 2013 de l’Académie Goncourt.

Villa Eilenroc ©YesICannes.com
Le grand prix littéraire Jacques Audiberti
Le Grand Prix Jacques Audiberti a été remis à Paule Constant le 18 novembre 2022 par le Député-Maire Jean Leonetti et Didier Van Cauwelaert dans le superbe Auditorium du Conservatoire de Musique et d’Art Dramatique d’Antibes. Paule Constant, déjà lauréate du Grand Prix du Roman de l’Académie Française, rejoint en 1998 le Panthéon de la gloire littéraire française en décrochant le Prix Goncourt pour Confidence pour Confidence. Elle est également l’auteur de six romans (La Fille du Gobernator; Ouregano; Balta; White Spirit; C’est fort la France !; Des chauves-souris, des singes et des hommes). Dans ces livres réunis en un seul volume (collection Quarto) sous le titre Mes Afriques, l’écrivaine dessine sa géographie dans des Afriques sans cesse réinventées.

Le jury ©YesICannes.com
Une liste prestigieuse de lauréats
Dix-huit ans après la publication de son premier roman Ouregano qui obtint le Prix Valery Larbaud, la romancière succède dans la liste prestigieuse des lauréats à Frédéric Vitoux (2020), l’Égyptien Alaa El Aswany (2019), Sylvain Tesson (2018) ou encore Lawrence Durrell, qui fut le premier à le recevoir en 1989. Un prix qui, entre autres, couronna également Michel Deon (2008), Jean d’Ormesson (2003), Claudio Magris (2001)…

Bernard Fournier, Marie-Louise Audiberti, Jean Leonetti, Lola Arrouasse, Paule Constant, Didier Van Cauwelaert ©YesICannes.com
La Cécité des Rivières
Paule Constant s’est vue décerner le Prix Jacques Audiberti pour l’ensemble de son œuvre, un peu comme Eric Roman, son personnage de La Cécité des Rivières, a vu cinquante années de recherche en virologie couronnées par le Prix Nobel de Médecine. Invité prestigieux d’un voyage présidentiel, le grand savant nous entraîne sur les chemins de son enfance africaine au temps des colonies en se déplaçant en 4×4 sur des routes confortables tracées par les Chinois, remplaçant des Européens dans cette Afrique nouvelle. En route pour Petit-Baboua, un village aux confins du Cameroun et de la Centrafrique où se trouvait autrefois une léproserie et un hôpital de brousse où le père d’Éric, un médecin-capitaine, s’acharnait à longueur de journées à soigner les populations.

Paule Constant présente son livre la Cécité des Rivières ©YesICannes.com
Une façon laïque d’entrer dans les ordres
Dans un continent où « le temps de l’oubli est plus rapide, et la décomposition aussi », Eric remonte aux sources des rivières et des émotions qui bordaient les territoires de son adolescence, vécue dans la solitude, l’humiliation et la violence de son père Paul, amer héros de batailles perdues, qui a donné sa vie à sa patrie et s’est dévoué aux hommes, « une façon laïque d’entrer dans les ordres ». Son « voyage sentimental » a comme témoin attentif Irène, une jeune journaliste qui doit faire un papier sur ce Prix Nobel rébarbatif, peu causant, sauf avec le photographe qui illustre l’article – dont il partage l’amour des singes. Eric Roman fraternise rapidement avec le chauffeur, de l’ethnie Bgaya, dont il parle la langue et aime la philosophie de vie. Irène la végane, pétrie de bien-pensance, se sent alors isolée dans cette ambiance masculine sans égard pour elle.

Marie-Louise Audiberti, Jean Leonetti, Paule Constant, Lola Arrouasse ©YesICannes.com
Cécité des choses de l’amour
Au fil des kilomètres de brousse, rythmés de belles descriptions des nuits, des forêts, des fleuves, le chercheur se livre et, peu à peu, Irène découvre l’enfant maltraité profondément enfoui, aux douleurs mises sous le boisseau du déni pendant cinquante ans et qui se réveillent. Toutefois, s’il exécrait ce père sévère et distant, il s’en dit également l’héritier puisqu’il a continué son œuvre, mais lui, l’œil sur un microscope, aux États-Unis. Enfin, au terme du voyage, Eric s’aperçoit que son histoire est désormais de l’Histoire, puisque son ancienne maison est devenue musée de la « Colonisation et de la Lèpre », deux mots qui s’amalgament en deux maux à l’ère de la décolonisation. Roman empreint de sensibilité et de pudeur, la Cécité des Rivières évoque la cécité des choses de l’amour, source de rivières intérieures de larmes dont les méandres creusent l’âme et y serpentent la vie durant. Un livre qui laisse une empreinte durable car, tous, nous avons connu des accidents d’enfance…

Le jury du prix Jacques Audiberti ©YesICannes.com
Rencontre avec les lycéens
Avant de recevoir le Grand Prix Littéraire Jacques Audiberti, Paule Constant est allée dans l’après-midi à la rencontre des élèves du Collège de la Fontonne et du Lycée Audiberti à la villa Eilenroc. Parmi les nombreuses questions posées à l’autrice comme « Vous arrive-t-il d’avoir le syndrome de la page blanche? », celle-ci répond de sa voix douce et posée : « Si je l’ai, je n’écris pas. Cela peut durer, 1 an, 2 ans… Je n’écris que lorsque mon inspiration arrive. Je tape rapidement mes textes à l’ordinateur pour qu’ils ne soient pas gravés dans le marbre, toujours confortablement assise dans mon canapé. » Et c’est ainsi que Paule Constant continue de marquer la littérature française. A la question allez-vous poursuivre l’écriture ?, elle répond: « Je l’espère mais je ne peux pas en être certaine… » En soirée, lors de la remise du Prix Audiberti, elle termine son allocution par cette phrase qui résume si bien sa longue et brillante carrière d’écrivaine : « Je crois que dans ma vie, rien ne m’a été donné, mais tout a été réussi. »

Paule Constant, Didier Van Cauweleart ©YesICannes.com
Naissance d’une autrice à succès
Paule Constant pousse son premier cri le 25 janvier 1944 à Gan, dans la première habitation du village située au bord de la route principale, juste en face de là où vécut cet autre Gantois de renom, le poète Pierre Emmanuel. La villa cossue s’appelait Guilou, en écho au surnom de la grand-mère, épouse de Pierre-Léon Tauzin, un colonel natif de Sauveterre-de-Béarn.

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Une enfance au côté de sa grand-mère chérie
L’enfance de Paule s’écoula doucement, tendrement, à peine troublée par le déménagement vers Crescente, un ravissant château de sept hectares, juché au-dessus du bourg et du Neez. « Une demeure incroyablement béarnaise! » se rappelle Paule Constant à l’évocation du paradis perdu, auréolé de fleurs, de plaines verdoyantes, de lignes de crêtes et d’horizons montagneux. La petite Paule apprend à lire et à écrire avec sa grand-mère chérie à la maison. C’est à cette époque que la petite fille emmagasinera mille connaissances au contact de cette femme qui fit son éducation.

Marie-Louise Audiberti, Paule Constant, Didier Van Cauweleart ©YesICannes.com
Héritage artistique et littéraire
Depuis, Paule Constant a tracé doucement et sûrement son chemin littéraire en s’inspirant de ses nombreux voyages à l’étranger et du monde qui l’entoure. De son enfance se déroulant en grande partie entre le Sud de la France et plusieurs pays d’Asie et d’Afrique, elle reçoit en héritage le goût de la peinture par sa mère, et celui de la lecture par son père. Paule Constant fera profession du second et commencera sa carrière d’écrivaine en 1976. En parallèle, elle endosse le rôle de critique littéraire puis celui de jurée au Prix Goncourt.

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L’Afrique, l’Asie, l’Amérique inspirent ses œuvres littéraires
Pour la construction de son œuvre, l’Afrique tropicale, la Guyane et l’Amérique du Nord ont servi de cadre à plusieurs de ses romans. L’ensemble de son écriture porte sur l’enfance, l’éducation des filles, la justice, le colonialisme… Ces grands thèmes sont un témoignage fort sur la condition humaine. Paule Constant est l’auteur de nombreux romans dont Propriété privée, Un monde à l’usage des demoiselles, White Spirit, Le Grand Ghâpal (Prix Jackie Bouquin)…etc. Ces livres sont traduit dans une trentaine de pays.

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Didier van Cauwelaert, Président du jury
Le Grand Prix Littéraire de la Ville d’Antibes Jacques Audiberti est attribué chaque année par un jury composé de Didier van Cauwelaert, (Président), romancier, auteur dramatique, scénariste, librettiste; Jean Léonetti, Ancien Ministre des Affaires européennes, Député Maire d’Antibes Juan-les-Pins, Président de la Communauté d’Agglomération Sophia Antipolis; Simone Torres-Forêt Dodelin, Adjointe au maire d’Antibes et déléguée à la Culture; Pierre Joannon, écrivain et diplomate franco-irlandais; Marie-Louise Audiberti, romancière, essayiste et traductrice; Aurélie De Gubernatis, autrice; Étienne de Montéty, auteur et Directeur adjoint de la rédaction du Figaro et directeur du Figaro littéraire; Christian Authier, romancier, essayiste et journaliste français.

Rencontre avec des lycéens antibois ©YesICannes.com
Le prix Littéraire Jacques Audiberti
Le Grand Prix Littéraire Jacques Audiberti a été fondé en 1989 par la ville d’Antibes afin de récompenser une œuvre inspirée, totalement ou en partie, par la Méditerranée. Il est décerné chaque année par un jury d’auteurs et de professionnels du milieu culturel et littéraire, présidé par Didier Van Cauweleart. Afin d’apporter un nouvel essor à cette distinction, une ouverture plus large sur le monde littéraire a été proposée et les lauréats doivent non seulement avoir un lien avec la Méditerranée mais l’œuvre doit également comporter une résonance avec celle de Jacques Audiberti.

Paule Constant en séance de dédicace ©YesICannes.com
Prix Jeune Audiberti
Depuis 2020, le Prix Jeune Audiberti accompagne le Prix Littéraire Jacques Audiberti. Ce concours d’écriture organisé par l’association des amis de Jacques Audiberti, la ville d’Antibes Juan-les-Pins et les éditions Gallimard, a cette année récompensé Lola Arrouasse pour L’Empêchée, un texte d’une force inouïe qui décrit une cavalière blessée sur son cheval. Pour « écrire musclé et avec ses poings », cette étudiante en lettres, art et cinéma a choisi un texte à couper le souffle, qui lui vient de l’intérieur et qui lui ressemble. Des mots qui jaillissent, des descriptions qui frappent, du rythme, des répétitions, des altérations, des métaphores, des variations entre poésie en vertical, de la prose… Autant d’éléments qui désormais place Lola Arrouasse au rang de future grande écrivaine.

Paule Constant & Lola Arrouasse ©YesICannes.com

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Le jury ©YesICannes.com

Didier Van Cauweleart ©YesICannes.com

Jean Leonetti ©YesICannes.com

Remise du Prix Jacques Audiberti à Paule Constant ©YesICannes.com

Remerciement de Paule Constant ©YesICannes.com
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