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ECO-One : Sur la Côte d’Azur, les grands hôtels accélèrent leur révolution verte et à Cannes, la durabilité devient un nouveau standard du luxe.
ECO-ONE : Longtemps associée au glamour, aux palaces mythiques et aux grands événements internationaux, la Côte d’Azur écrit désormais une nouvelle page de son histoire touristique : celle d’un luxe plus responsable. Le 6 mai 2026, à l’Hôtel Barrière Le Majestic à Cannes, la 5e Soirée de la Durabilité organisée par ECO-ONE a réuni les décideurs de plusieurs établissements emblématiques de la Riviera autour d’une question devenue centrale : comment concilier excellence hôtelière et transition écologique dans l’une des destinations les plus exposées au tourisme mondial ?

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Phase de transformation profonde
Dans une région où festivals, congrès et clientèle internationale exercent une pression croissante sur les ressources naturelles, la rencontre a permis de mesurer à quel point l’hôtellerie azuréenne est entrée dans une phase de transformation profonde. Sobriété énergétique, gestion des déchets, achats responsables, implication des équipes et nouvelles attentes des voyageurs : le sujet dépasse désormais largement le simple affichage environnemental.

Nathan Baillot ©YesICannes.com
Quand Cannes devient un laboratoire du tourisme durable
Destination internationale par excellence, Cannes concentre toutes les contradictions du tourisme contemporain. D’un côté, une attractivité exceptionnelle portée par le Festival de Cannes, les salons professionnels et l’hôtellerie de luxe ; de l’autre, des enjeux environnementaux de plus en plus visibles. Pour les établissements présents lors de cette soirée – parmi lesquels le Carlton Cannes, l’Hôtel Martinez, le Majestic Barrière, l’Hôtel Belle Plage, l’Hôtel Croisette Beach Cannes – MGallery, le Domaine du Mas de Pierre à Saint-Paul-de-Vence ou encore l’Hôtel Florence Nice – les grands événements jouent désormais le rôle de véritables stress tests écologiques.

Festival de Cannes ©YesICannes.com
Approche collaborative de la durabilité
« Ce qui fonctionne pendant le Festival peut fonctionner toute l’année », résument plusieurs intervenants. Gestion des déchets, consommation énergétique, tri sélectif ou flux logistiques : les pics d’activité obligent les hôtels à repenser leurs méthodes de manière structurelle. Une évolution saluée par Nathan Baillot, responsable du développement d’ECO-ONE en France, qui défend une approche collaborative de la durabilité : « La durabilité n’est plus seulement un sujet réglementaire ou technique. Elle touche à la compétitivité, à l’expérience client et à la culture d’entreprise. »

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Des hôtels de luxe contraints de réinventer leurs modèles
Derrière les façades impeccables des grands hôtels azuréens, les mutations sont déjà bien concrètes. Au Carlton Cannes, monument historique emblématique de la Croisette, l’intégration de triple vitrage et de systèmes domotiques témoigne de la difficulté – mais aussi de la nécessité – d’adapter des bâtiments patrimoniaux aux exigences énergétiques contemporaines. À l’Hôtel Martinez, le futur raccordement à la thalassothermie prévu pour 2027 marque une nouvelle étape dans la réduction de l’empreinte carbone du palace. Le Domaine du Mas de Pierre, de son côté, pilote ses infrastructures grâce à une gestion technique centralisée sur plusieurs hectares.
Chaque établissement avance cependant à son propre rythme, selon ses contraintes architecturales, financières et opérationnelles. Car derrière les ambitions écologiques, les réalités économiques restent omniprésentes.

Énergie et Économies : Cannes Mise sur la Grande Bleue (au centre de la photo, David Lisnard Maire de Cannes ©DR
La rentabilité écologique n’est plus un tabou
L’un des aspects les plus marquants de cette soirée réside dans la liberté de ton des échanges. Ici, pas de discours idéaliste déconnecté des réalités du terrain. Les professionnels présents ont évoqué sans détour les arbitrages financiers auxquels ils sont confrontés : projets de panneaux solaires bloqués par des contraintes administratives, solutions durables encore trop coûteuses pour certains standards du luxe ou investissements difficiles à amortir rapidement.

Centrale souterraine de Thalassothermie en construction sous la Croisette. Une réalisation à la fois écologique, économique et stratégique pour l’avenir ©DR
Déjà des économies substantielles
Mais la transition verte commence aussi à démontrer sa rentabilité. Plusieurs établissements observent déjà des économies substantielles sur les consommations d’eau, d’énergie ou la gestion des déchets. À Nice, l’Hôtel Florence constate même un impact positif indirect sur sa réputation en ligne. Les voyageurs, notamment européens, accordent désormais une attention croissante aux engagements environnementaux des établissements.

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Le vrai défi : transformer toute la chaîne d’approvisionnement
La durabilité ne s’arrête plus aux chambres ou aux cuisines. Les achats et les fournisseurs deviennent eux aussi des leviers stratégiques. Le Pôle Hôtelier Barrière Cannes travaille désormais avec des chartes fournisseurs encadrant les pratiques responsables. L’Hôtel Martinez réalise un état des lieux complet de ses achats tandis que certains établissements n’hésitent plus à rompre avec des partenaires jugés insuffisamment engagés. Présent lors de la soirée, RFID Hotel a illustré cette mutation avec ses cartes-clés conçues en fibre de bois, une alternative aux cartes plastiques traditionnelles.

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Solutions plus humaines et immédiates
Cette logique d’économie circulaire touche également le gaspillage alimentaire. À l’Hôtel Martinez, des poubelles connectées dotées d’intelligence artificielle analysent les déchets en cuisine afin d’identifier les pertes et d’optimiser les volumes préparés. D’autres établissements privilégient des solutions plus humaines et immédiates : redistribution des surplus au personnel ou dons aux associations locales.

Poubelles connectées dotées d’intelligence artificielle ©DR
Un luxe plus discret, mais plus conscient
L’époque du discours écologique culpabilisant semble révolue dans l’hôtellerie haut de gamme. Les établissements cherchent désormais à intégrer la durabilité de manière fluide, presque invisible. À l’Hôtel Belle Plage, les messages concernant le linge de chambre sont rédigés dans un ton élégant et personnalisé afin de préserver l’expérience client. À l’Hôtel Florence Nice, la provenance des produits du petit-déjeuner est indiquée dans un rayon de 130 kilomètres autour de l’établissement.

Hôtel Florence à Nice – provenance des produits du petit-déjeuner indiquée dans un rayon de 130 kilomètres autour de l’établissement ©DR
Rendre la démarche concrète, visible et positive
Le Majestic Barrière mise quant à lui sur la formation des équipes afin que les engagements environnementaux deviennent une composante naturelle du service. ECO-ONE a également présenté une initiative particulièrement symbolique : lorsqu’un client choisit de renoncer au nettoyage quotidien de sa chambre, un kilogramme de plastique est récupéré en Méditerranée grâce au partenariat avec Gravity Wave. Une manière de rendre la démarche concrète, visible et positive.

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Les salariés, moteurs silencieux de la transition
Autre constat fort de la soirée : la réussite des stratégies RSE dépend largement de l’adhésion des équipes. Au Martinez, une Green Team a été relancée en 2026 avec des référents dans chaque service. Le Carlton Cannes a instauré des “minutes RSE” dans les réunions de staff, tandis que l’Hôtel du Cap-Eden-Roc et le Château Saint-Martin & Spa s’appuient sur des ambassadeurs internes chargés de diffuser les bonnes pratiques. La transition écologique apparaît ainsi moins comme une révolution technologique que comme une évolution culturelle profonde de l’hôtellerie.

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Vers une nouvelle alliance entre luxe et territoire
Au-delà des établissements eux-mêmes, c’est tout un écosystème local qui commence à se structurer. Le Majestic développe un jardin aromatique sur ses toits et travaille avec des apiculteurs régionaux. L’Hôtel du Cap-Eden-Roc collabore avec le WWF France pour la Méditerranée ainsi qu’avec un lycée horticole d’Antibes. L’Hôtel Florence Nice participe régulièrement à des opérations de ramassage de déchets avec Nice Plogging. Mais les professionnels présents soulignent aussi les limites actuelles : manque de filières régionales de valorisation du mobilier et des textiles, difficulté à mutualiser certaines initiatives ou absence de coopération suffisamment structurée entre les acteurs du secteur. Pourtant, un consensus semble émerger : face aux défis climatiques, la concurrence traditionnelle entre établissements perd de son sens.

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Emanuele Balestra, Directeur des Bars de l’Hôtel Barrière Le Majestic Cannes ©Hôtel Barrière

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La Côte d’Azur veut réinventer son modèle touristique
Longtemps symbole d’un tourisme intensif et spectaculaire, la Côte d’Azur cherche désormais à devenir un territoire pilote du tourisme durable haut de gamme. Cette mutation reste complexe, parfois contradictoire, souvent coûteuse. Mais elle traduit aussi une prise de conscience profonde : dans une destination aussi exposée que Cannes, préserver l’environnement n’est plus seulement une question d’image. C’est devenu une condition de pérennité, et peut-être même la nouvelle définition du luxe contemporain.

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