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Pour son entrée dans sa deuxième moitié, le Festival de Cannes 2026 a présenté L’Inconnue (The Unknown) de Arthur Harari et Fjord de Cristian Mungiu.
Fjord : la compétition du Festival de Cannes entre dans sa seconde moitié avec les projections de L’Inconnue (The Unknown), le film-mystère de la Croisette signé Arthur Harari, réalisateur, scénariste et acteur français. Le réalisateur, scénariste et producteur roumain Cristian Mungiu – delà « palmé » en 2007 – a amené sur la Croisette son nouveau film Fjord, projeté en avant-première mondiale.

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L’Inconnue : une entité s’invite sur la Croisette
Parmi les œuvres les plus commentées de la compétition officielle du Festival de Cannes, L’Inconnue s’impose déjà comme une expérience à part. Après l’épopée hypnotique de Onoda et son travail de coscénariste sur Anatomie d’une chute (Palme d’or 2023), Arthur Harari livre un film aussi conceptuel que profondément organique, adapté du roman graphique de son frère Lucas Harari. Le point de départ tient du vertige : David Zimmerman, photographe effacé approchant la quarantaine, suit une femme aperçue lors d’une fête avant de se réveiller dans son corps quelques heures plus tard. Mais loin des codes ludiques du body switch movie, Harari transforme ce basculement fantastique en une dérive sensorielle et existentielle d’une troublante crédibilité. Sur l’écran, Léa Seydoux et Niels Schneider composent un duo spectral où les identités semblent se contaminer jusqu’à l’effacement. À Cannes, les festivaliers parlent déjà d’un film-labyrinthe, aussi dérangeant qu’hypnotique, qui joue avec le regard du spectateur comme avec celui de son personnage principal, victime d’une « entité prédatrice qui passe de corps en corps.

L’inconnue ©DR
Un thriller identitaire traversé par l’angoisse du regard
Ce qui fascine dans L’Inconnue, c’est la manière dont Arthur Harari détourne les codes du fantastique pour interroger frontalement le regard masculin, le désir et la fabrication de l’identité. Le cinéaste revendique un réalisme presque obsessionnel : tout dans la mise en scène cherche à rendre l’impossible crédible, comme si cette métamorphose pouvait réellement surgir au détour d’une nuit parisienne. Cette quête de vraisemblance produit une sensation d’inquiétante étrangeté rarement atteinte dans le cinéma français contemporain. La caméra s’attarde sur les corps, les gestes, les respirations, mais aussi sur les silences et les décalages infimes qui naissent lorsqu’un homme découvre soudain le monde à travers le corps d’une femme et vice et versa. Le film devient alors une réflexion vertigineuse sur le male gaze, sur la manière dont les femmes sont observées, fantasmées ou enfermées dans des projections masculines. Plus le récit avance, plus David semble perdre toute stabilité intérieure, absorbé par une identité qui lui échappe et qui finit par remettre en cause jusqu’à sa propre existence.

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La ville comme miroir des métamorphoses humaines
Au-delà du trouble psychologique, L’Inconnue impressionne aussi par sa dimension urbaine et presque architecturale. Arthur Harari filme des quartiers de villes comme des organismes vivants, en perpétuelle mutation, dont les transformations répondent à celles de ses personnages. Héritier d’un cinéma sensoriel et mélancolique, il capte les banlieues, les zones périphériques et les espaces « en disparition » avec une émotion sourde, nourrie par ses propres souvenirs d’enfance. Dans ses rues anonymes, ses immeubles en démolition et ses paysages rongés par l’érosion du temps, Paris et la banlieue deviennent un territoire mental où les identités se dissolvent lentement. Cette attention portée aux lieux donne au film une profondeur inattendue : derrière le thriller fantastique se cache une méditation sur ce qui disparaît – les corps, les quartiers, les souvenirs, les certitudes. Avec cette œuvre troublante aux frontières du rêve éveillé, Harari confirme son statut de cinéaste majeur de sa génération, capable de faire du fantastique un outil intime et profondément contemporain.

Charlotte Gainsbourg ©YesICannes.com
Fjord de Cristian Mungiu
Dans le silence minéral des paysages norvégiens, Cristian Mungiu orchestre avec Fjord l’un des drames les plus tendus et les plus élégants de la compétition officielle du Festival de Cannes. Dix-neuf ans après sa Palme d’or pour 4 mois, 3 semaines, 2 jours, le cinéaste roumain retrouve la Croisette avec une œuvre d’une froideur hypnotique qui dissèque les fractures invisibles entre traditions, intégration et regard social. Installés dans un village isolé au bord d’un fjord, les Gheorghiu, couple roumano-norvégien profondément religieux, semblent avoir trouvé une forme d’équilibre auprès de leurs voisins, la famille Halberg. Mais lorsque des enseignants découvrent des ecchymoses sur le corps de leur fille aînée, le fragile vernis de cette coexistence nordique commence à se fissurer. Fidèle à son cinéma de la tension morale, Mungiu transforme un fait apparemment banal en un vertigineux procès collectif où chacun devient juge de l’autre. Derrière les paysages sublimes baignés d’une lumière glaciale, Fjord fait émerger une violence sourde, presque invisible, nourrie par les différences culturelles, la religion et les peurs contemporaines autour de l’éducation familiale.

Fjord ©DR
Cinéma du doute et de l’ambiguïté
À Cannes, beaucoup voient dans Fjord le prolongement naturel de l’œuvre de Cristian Mungiu : un cinéma du doute et de l’ambiguïté, où aucune vérité ne s’impose totalement. Le réalisateur retrouve ici ce qui a toujours fait sa force depuis Occident, Au-delà des collines ou Baccalauréat : observer comment les systèmes sociaux écrasent peu à peu les individus les plus fragiles. La présence de Renate Reinsve, révélation mondiale depuis Julie (en 12 chapitres), apporte au film une intensité émotionnelle discrète mais magnétique. Avec sa mise en scène épurée et ses longs silences traversés d’angoisse, Fjord explore la manière dont les sociétés modernes prétendument ouvertes peuvent basculer dans la suspicion et l’exclusion. Sur la Croisette, le film impressionne autant par sa maîtrise formelle que par sa capacité à transformer un conflit intime en réflexion universelle sur la famille, la foi et le regard que les communautés portent sur ceux qu’elles considèrent encore comme des étrangers.

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La Montée des Marches de Fjord
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